Depuis quatre ans, Erik Boisse et l'équipe de France d'épée ont posé une main de fer sur les médailles internationales avec la médaille d'or olympique à Athènes en 2004, suivie de trois titres consécutifs lors des Mondiaux, le dernier la semaine dernière à Saint-Petersbourg. A cette collection, il a ajouté cette année une médaille d'argent en individuel, dix ans après le bronze lors des Mondiaux cadets. L'occasion idéale de faire le point sur l'évolution d'un sportif très attachant, souvent passionnant, qui parle d'escrime comme de poker : avec des images entêtantes.
«Erik Boisse, l'équipe de France d'épée a-t-elle développé un sentiment d'invincibilité ?
Non, la preuve c'est qu'on a fait troisième aux Championnats d'Europe et cinquième à Montréal dans l'épreuve de Coupe du monde qualificative pour les JO. Mais pour en avoir discuté avec mes proches et mon entraîneur, ça n'a pas été une mauvaise chose cette troisième place aux "Europe". Face aux Polonais en demi-finale, on s'était précipité pour essayer de mettre des touches et essayer de revenir au score et ils nous avaient cueillis. On était touchés dans notre orgueil.
Obtenir autre chose qu'une médaille d'or par équipes aux JO de Pékin sera forcément considéré comme une déception.
Elle le sera peut-être pour les médias. Elle le sera aussi pour nous, ou du moins pour ceux qui y seront, parce que nous sommes des chercheurs d'or. On repart chaque année avec notre tamis et on plonge dans la rivière. Après, tout dépend du contexte. Par exemple, il faut se souvenir qu'on était mené 44-43 par l'Allemagne en demi-finale des JO d'Athènes ou qu'on on a fait trois morts subites aux Mondiaux 2006. A partir du moment où on le sait, on accepte à la fois la victoire et la défaite.
L'expérience accumulée a-t-elle permis à l'équipe de France d'effectuer son parcours le plus accompli cette année ?
Non. En 2005, on a survolé la compétition. on n'a pas dû prendre plus de 35 touches. Il fallait chercher le titre et pouf, c'était fait. Mais ce n'était pas facile non plus, on a dû se dépouiller. Or l'année suivante, c'était l'inverse : on était quatre gars avec des rames en tungstène. La preuve, en finale, on était tous avec des indices de zéro, c'est à dire qu'on avait mis autant de touches qu'on en avait pris. Il n'y avait que Fabrice (Jeannet) qui en avait mis une de plus. Celle de la victoire.
Quel souvenir avez-vous cette année de votre parcours individuel ?
J'ai fait deux morts subites dont une très dure, la plus dure de ma carrière. Honnêtement, je ne souhaite pas en revivre des comme ça. C'était en tableau de seize sur l'Américain, en passivité. Ca veut dire qu'il a la priorité. A quatre secondes de la fin, il a trois chances sur quatre de l'emporter. Comme j'ai vu Patrick Bruel jouer au poker, j'ai fait tapis, je suis parti avec une paire de deux et il a suivi avec une paire d'as et ensuite j'ai eu deux autres deux. Je tombe sur lui à une seconde de la fin. J'ai gueulé comme un putois et c'est d'ailleurs ce qu'on a vu à la télévision, la seule chose dont je pouvais avoir honte !
Pourtant, c'est connu, vous êtes très expressif.
Non, pas vraiment. Je crie, je me motive mais il n'y a que si on me cherche que je passe dans du combat, dans la foire d'empoigne. Alors on passe dans du défi, ce n'est plus un combat technique. Or là, l'Américain me touchait à chaque fois, j'étais à la rue, j'avais pourtant perdu du poids. Je me disais, il ne va pas me toucher...
Cette médaille individuelle est-elle une une libération ou à l'inverse, symbolise-t-elle un changement ?
Je suis bien depuis quelques mois. Je m'apprécie, j'apprécie les gens. (...) Pendant deux mois, après les Championnats du monde (2006), j'ai été injoignable. Une ex-petite amie, avec qui j'ai passé quatre belles années, qui s'est fait greffer un rein il y a quatre ans, a connu des problèmes de santé. Du jour au lendemain, on m'a dit "personne ne peut rentrer dans sa chambre". Puis je l'ai suivie en réanimation, en surveillance, et maintenant elle va bien, elle travaille, mais ça m'a marqué parce que ça tenait à rien. Je pense que ça a été le déclencheur. Je me suis dit "Erik, si tu devais être à sa place, est-ce que tu préférerais avoir une vie courte et intense ou longue et chiante ?" Et au bout de deux mois, j'ai annoncé que j'allais travailler dans la police et garder l'escrime comme passion. Bon forcément, je ne peux pas dire que je suis mature puisque je fais le pitre toutes les dix minutes, mais il y a aussi un côté mûr.
Vous voyez vous encore réagir comme vous l'aviez fait après les JO 2004, où vous aviez été durs avec vous-même suite à votre quatrième place ?
Oui parce que je suis intransigeant. A Athènes, j'ai été nul... enfin je n'ai pas été nul, mais j'ai fait un coup de bluff. Je voulais faire la médaille et me barrer. Or devant 5000 personnes, j'ai paniqué, j'étais comme un enfant de cinq ans. J'ai repris les même adversaires les années suivantes, je les ai battus.
Comment expliquez-vous votre défaite en finale ?
Pas de c... ! Pas de gnac... A un moment, je me suis dit : "tu veux prendre 15-7 ?" Alors je me suis réveillé (en fait, une expression plus imagée, NDLR). Je me suis dit que j'étais pas au salon de thé ou chez mamie mais le problème c'est que j'étais déjà engagé dans le combat. Si on fait ça en vingt touches, je gagne.»
Avez-vous un message personnel à passer?
Oui je tenais absolument à passer le bonjour à mon ami et confident Olivier , avec qui j'ai passé des moments merveilleux sous les douches. Il n'a pu venir me voir pour la victoire car il est occupé à Barcelone, ville où il a decouvert l'amour avec un grand A, mais chut, je n'en dirai pas plus....il a encore un peu de mal a admettre son pencahnt pour les hommes....
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